June 24, 20201

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Progression dans le chapitre

Durant le confinement, la Croix-Rouge a poursuivi et/ou intensifié ses maraudes aux quatre coins de l’Hexagone. Dans le 11e arrondissement de Paris, l’unité locale a continué ses deux maraudes hebdomadaires, les mardis et jeudis. Une visite attendue avec impatience par les personnes rencontrées, pour recevoir une boisson chaude, de quoi manger, discuter avec les bénévoles… Et maintenir ainsi un lien social, si important en temps de crise.

Jeudi 21 mai, 19h30, rue Saint-Maur à Paris. Nicolas Meot, Marine Ponthieu et Jeanne Fournier se retrouvent dans les locaux de l’unité locale afin de préparer les caddies nécessaires à la maraude du jour. Un pour la nourriture et les boissons, un pour les produits d’hygiène, un pour les couvertures et les vêtements. En ce jour de l’Ascension, il fait beau et chaud. Après la levée du confinement strict, certains profitent de cette douceur et s’assoient sur les bords des trottoirs, un verre à la main, pour retrouver quelques copains. D’autres n’ont pas quitté ces trottoirs depuis des semaines ou des mois. Ce sont ceux que l’équipe de la Croix-Rouge du quartier a prévu d’aller voir ce soir-là. « On a assez de compotes, de petits gâteaux ? », « On a repris des livres pour Pascal ? ». Jeanne et Marine, 24 ans et amies « à la ville », s’interpellent pour vérifier qu’il ne manque rien. Vers 20h, une fois les masques placés sur les visages, Nicolas lance le départ.

 

Importance de l’échange

 

Depuis l’épidémie, les maraudes se font masquées, les gestes barrières sont respectés… Mais pas question de les différer. « Au début du confinement, plusieurs associations ont été contraintes de revoir leur fonctionnement. Les personnes sans-abri que nous rencontrons chaque semaine avaient vraiment besoin de nous… Elles avaient faim », raconte Nicolas Meot, 28 ans, bénévole à la Croix-Rouge du 11e arrondissement de Paris et chef d’équipe pour la maraude. Progressivement, les distributions alimentaires ont repris et les besoins en nourriture ont un peu diminué, mais pas ceux liés à l’échange, au regard bienveillant, au lien social. « Nous connaissons la plupart des personnes que nous allons voir ce soir, complète Nicolas. Certains nous attendent et sont contents de pouvoir partager leurs impressions sur la journée, sur l’état du monde ou sur leurs dernières lectures. D’autres ne parlent pas, mais un café, une soupe, un morceau de pain et des sardines sont bienvenues. Notre mission est de nous adapter, d’aller vers eux et de tenter de répondre, à notre échelle, à leurs besoins du moment. »

 

Manque de tout

 

Chacun tirant son caddie, Marine, Jeanne et Nicolas avancent dans les rues du quartier. Ils rencontrent Ibrahim, Philippe, Mourad, Gilbert, Jéjé, Pascal… Et d’autres. Ce soir-là, jusqu’à 23h30, ils verront 24 personnes. Nourriture, boissons, kits hygiène, appels aux foyers pour clarifier des questions d’hébergement, indications pour trouver les bains-douches, se faire soigner, aller chercher des vêtements dans une vestiboutique… En temps de Covid-19 comme avant, l’objectif de la maraude est de répondre aux premiers besoins et de maintenir le lien avec ces personnes isolées, fragiles. Pour certaines, le virus est bien loin de leurs préoccupations, tant elles manquent de tout. « Il n’était pas question pour nous d’arrêter d’aller les voir, au contraire, ajoute Nicolas. Je suis entré à la Croix-Rouge pour faire des maraudes car je ne voulais pas rester sans rien faire face à tous ces gens qui dorment dehors, qui n’ont pas d’autre option que la rue. »

 

Les caddies sont désormais presque vides, les réserves d’eau chaude épuisées. Il est temps de rentrer à l’unité locale et de faire le traditionnel débriefing. Cela permet de partager ses impressions, ses difficultés éventuelles, son incompréhension, parfois, face à la violence de l’exclusion. Une petite soupape d’expression, avant de rentrer chez soi… et de revenir la semaine d’après. Car, comme dit Marco, dignement assis sur son banc : « tous les jeudis, j’ai rendez-vous avec la Croix-Rouge ».

 

PHOTOS : CHRISTOPHE HARGOUES

Photo : Christophe Hargoues
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4Dans les rues de Paris, des sourires derrière les masques